Sous-traitance artisan : règles, contrat et responsabilités
Sous-traitance entre artisans : contrat obligatoire, agrément du client, responsabilités décennale et RC Pro. Ce que dit la loi de 1975.
Sommaire (7 sections)
- Sous-traiter : une opportunité encadrée par la loi
- Ce que dit la loi de 1975 : 3 obligations clés
- Les assurances : une vérification à ne pas négliger
- La répartition des responsabilités en pratique
- Ce qu’il faut mettre dans votre contrat de sous-traitance
- En résumé : 4 réflexes à avoir
- Vos questions, nos réponses
Faits clés
- Seuil d'obligation de contrat écrit
- Tout marché sous-traité (aucun seuil)
- Délai de paiement sous-traitant
- 30 jours max après réception de travaux
- Pénalité pour travail dissimulé
- Jusqu'à 45 000 € d'amende
Sous-traiter : une opportunité encadrée par la loi
Confier une partie de vos chantiers à un autre artisan · parce que vous débordez, parce que la prestation sort de votre qualification, ou pour développer votre volume d’activité · est une pratique courante. Mais la loi du 31 décembre 1975 encadre strictement la sous-traitance dans le BTP. L’ignorer expose à des sanctions et à des litiges coûteux.
Ce que dit la loi de 1975 : 3 obligations clés
Obligation 1 : un contrat écrit pour chaque sous-traitance
Tout appel à un sous-traitant doit être formalisé par un contrat écrit, même pour un chantier de courte durée. Ce contrat doit préciser :
- la nature des travaux sous-traités ;
- le montant (forfait ou prix unitaires) ;
- les délais d’exécution ;
- les conditions de paiement ;
- les exigences d’assurance.
Attention : l’absence de contrat écrit ne vous exonère pas de responsabilité · elle vous met en situation de sous-traitance “de fait”, avec tous les risques qui y sont attachés.
Obligation 2 : faire agréer le sous-traitant par le client
Vous devez notifier chaque sous-traitant à votre client (le maître d’ouvrage) et obtenir son agrément (accord explicite ou tacite). Cet agrément porte sur l’identité du sous-traitant et ses conditions de paiement.
Conséquence si vous oubliez : le sous-traitant non agréé peut réclamer son paiement directement au client final (action directe), sans que vous puissiez vous y opposer. Vous perdez le contrôle du chantier.
Obligation 3 : payer dans les délais (30 jours)
La loi impose un délai de paiement maximum de 30 jours après réception des travaux du sous-traitant. Un retard de paiement entraîne des pénalités légales (intérêts de retard au taux légal majoré).
Les assurances : une vérification à ne pas négliger
En tant qu’entrepreneur principal, vous restez seul responsable vis-à-vis du client en cas de malfaçon · même si la faute vient de votre sous-traitant.
Avant de confier des travaux, exigez systématiquement :
- L’attestation d’assurance RC Pro en cours de validité (couvrant l’année du chantier)
- L’attestation d’assurance décennale (si les travaux relèvent de la garantie décennale)
- Le n° SIRET et l’extrait Kbis (vérifier l’existence légale de l’entreprise)
Conservez ces documents avec le dossier chantier. En cas de sinistre, ils sont indispensables pour votre recours contre le sous-traitant.
Travail dissimulé : faire appel à un auto-entrepreneur sans déclaration ou à un particulier non déclaré expose à des sanctions pénales (jusqu’à 45 000 € d’amende et 3 ans d’emprisonnement). La complicité de travail dissimulé engage votre responsabilité même si vous n’êtes pas l’organisateur.
La répartition des responsabilités en pratique
| Situation | Responsable envers le client |
|---|---|
| Malfaçon sur les travaux sous-traités | Vous (entrepreneur principal) |
| Accident du sous-traitant sur le chantier | Vous (si coordonnateur SPS requis) |
| Non-paiement du sous-traitant | Vous + possibilité d’action directe du sous-traitant |
| Vice caché détecté après 10 ans | Vous (garantie décennale, votre assureur se retourne contre celui du sous-traitant) |
Ce qu’il faut mettre dans votre contrat de sous-traitance
Un contrat simple mais complet doit couvrir au minimum :
- Identification des parties · nom/raison sociale, SIRET, adresse, qualifications (RGE si pertinent)
- Description des travaux · plans, CCTP, liste des prestations sous-traitées
- Conditions financières · prix forfaitaire ou bordereau de prix, modalités de révision
- Calendrier · dates de démarrage, durée, jalons
- Conditions de paiement · délai (≤ 30 jours), mode (virement conseillé)
- Assurances · références des polices RC Pro et décennale du sous-traitant
- Clause de résiliation · conditions (retard, malfaçon, défaillance)
Des modèles gratuits sont disponibles auprès de votre Chambre de Métiers et de l’Artisanat (CMA) ou de la Fédération Française du Bâtiment (FFB).
En résumé : 4 réflexes à avoir
- Toujours un contrat écrit · même pour un chantier d’une journée.
- Déclarer chaque sous-traitant à votre client · avant le démarrage des travaux.
- Exiger les attestations d’assurance · RC Pro + décennale à jour.
- Payer dans les 30 jours · pour éviter litiges et pénalités.
Vos questions, nos réponses
Dois-je déclarer mon sous-traitant au client final ?
Oui, c'est une obligation légale (loi du 31 décembre 1975). Vous devez notifier le sous-traitant et ses conditions de paiement au maître d'ouvrage. Sans agrément, le sous-traitant peut agir directement contre le client pour être payé.
Mon sous-traitant a endommagé un ouvrage. Qui est responsable ?
Vous êtes responsable envers le client, même si la faute vient du sous-traitant. Vous gardez un recours contre lui, mais votre assurance décennale ou RC Pro doit couvrir les dégâts en premier. D'où l'importance d'exiger les attestations d'assurance de votre sous-traitant avant de commencer.
Puis-je sous-traiter plus de 50 % d'un chantier ?
La loi n'impose pas de plafond légal pour les artisans privés. En revanche, les marchés publics plafonnent souvent la sous-traitance à 50 % du marché. Vérifiez les CCAP de chaque appel d'offres.
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